Brésil : Quand l’éducation est menacée, les étudiants sortent dans la rue
Étudiants et professeurs étaient rassemblés ce vendredi 9 octobre au sein de l’Université fédérale d’Ouro Preto, ville historique de l’État du Minas Gerais au Brésil pour une manifestation en soutien au candidat et président actuel Lula et en opposition à Flavio Bolsonaro. Ce dernier est arrivé en tête du premier tour avec 47 %, contre 45 % pour Lula. La menace d’un retour de l’extrême droite au pouvoir au Brésil est plus que jamais présente.
« Travailleur regarde nous, je suis dans la rue pour que tes enfants puissent étudier », « Notre lutte unit les étudiants ensemble avec les travailleurs », « L’éducation n’est pas une marchandise » : ces slogans résonnaient dans les rues de la ville d’Ouro Preto ce vendredi 9 octobre. Durant cet entre-deux-tours des élections présidentielles, la menace de Flavio Bolsonaro sur l’éducation pèse plus que jamais.
Flavio Bolsonaro, dans la lignée de son père, menace l’éducation supérieure
Une fois n’est pas coutume, l’extrême droite menace l’éducation quand elle le peut. Durant son mandat de 2019 à 2022, Jair Bolsonaro, père du candidat actuel, a mené une politique d’austérité et de fortes tentatives de réformes structurelles de l’enseignement supérieur. En 2022, dernière année du mandat du président d’extrême droite, les budgets alloués au fonctionnement des universités ont enregistré un net recul ; les fonds disponibles pour les dépenses courantes (eau, électricité, entretien, sécurité) ont atteint leur niveau le plus bas depuis 2013. Son gouvernement avait par ailleurs lancé en 2019 le projet Future-se, l’objectif était d’encourager les universités fédérales à diversifier leurs sources de revenus en faisant appel à des fonds privés, au mécénat et à la création de fonds spéculatifs immobiliers ou financiers. Un projet qui menaçait l’autonomie universitaire et qui constituait en réalité une tentative déguisée de privatisation.
Aujourd’hui en prison, c’est son fils Flavio Bolsonaro qui reprend la main avec un programme dans sa continuité. En effet, le candidat en tête du premier tour propose dans son programme de transférer la gouvernance des universités fédérales du ministère de l’Éducation (MEC) vers le ministère de la Science, de la Technologie et de l’Innovation (MCTI). Cette mesure pousserait les agences de financement de la recherche à réorienter leurs priorités pour favoriser l’innovation technologique et l’impact productif au sein du secteur industriel et marchand. Une menace directe pour les sciences humaines donc, qui ont un impact sur la production très limité à court terme. Aussi, le fils de l’ancien président prévoit d’importants ajustements budgétaires. Les opposants à son programme s’inquiètent d’une modification des règles constitutionnelles de l’investissement minimum obligatoire dans l’éducation, ce qui pourrait avoir comme conséquence la réduction, ou même le gel des allocations allouées aux universités.

Élèves, professeurs et travailleurs main dans la main face à l’extrême droite
La manifestation qui a eu lieu à Ouro Preto n’est pas singulière au Brésil et nombre d’étudiants et de professeurs se battent ensemble dans tout le pays pour leurs droits. Un étudiant en master d’histoire déclare : « Si je parle pour moi, il est important d’être ici aujourd’hui, c’est important de lutter pour mes droits, en tant qu’étudiant d’histoire, en formation pour devenir professeur, être ici c’est faire passer un message fort, c’est montrer au Brésil que, quand les gens ne sont pas satisfaits, ils vont dans la rue, ils gueulent. C’est ça la démocratie, c’est ça être citoyen. » Aux revendications évoquées précédemment s’accompagnent d’autres messages : les étudiants luttent contre le fascisme, contre l’impérialisme, contre la présence américaine sur le territoire brésilien, pour les droits des LGBT, en faveur d’une Palestine libre…
Car ces élections sont placées sous la menace américaine, Flavio Bolsonaro a reçu le soutien public de Donald Trump, tandis que Lula, l’actuel président, a vigoureusement rejeté toute ingérence politique pouvant venir de l’étranger lors de l’ouverture de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, déclarant avec fermeté que « le Brésil ne tient dans le jardin de personne ». Ainsi, les enjeux de ces élections sont énormes pour la jeunesse et les travailleurs. Pour autant, même si l’inquiétude peut se lire sur les visages, le discours se veut rassurant, affirmant qu’il y a encore une chance pour Lula de gagner au second tour.
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© Tiago Lopes Bouvier / Voir Ailleurs
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