Portugal : Sécurité ou stigmatisation ? Lisbonne vote sa « loi burqa »

Le mercredi 23 septembre 2026, le Portugal a promulgué la loi n°58/2026, qui interdit désormais de dissimuler son visage dans l’espace public. Votée par le Parlement portugais après plusieurs mois de débats, cette législation s’applique sur l’ensemble du territoire national et concerne toute personne circulant dans les lieux publics, qu’il s’agisse de citoyens portugais ou de résidents étrangers. Cependant, si le texte officiel met en avant des impératifs de sécurité publique, l’origine de cette initiative, portée par l’extrême droite, cible en réalité de manière prioritaire le port du voile intégral islamique.

Le texte voté le 17 juillet par une coalition allant du centre-droit (PSD) à l’extrême-droite (Chega) s’adresse à quiconque se masquant dans la rue, les transports ou les évènements sportifs. Elle prévoit des sanctions allant de 150€ pour négligence jusqu’à 3 000€ en cas d’infraction délibérée. Plusieurs exceptions sont prévues pour des raisons de santé, professionnelles, de conditions météorologiques ou dans le cadre de manifestations artistiques. Les lieux de culte, avions et installations diplomatiques échappent également à la règle.

Une origine qui cible avant tout la communauté musulmane

Pourtant, lors de son élaboration initiale, le texte ne poursuivait pas les mêmes intentions. L’initiative provient d’un projet déposé en 2025 par André Ventura, le leader de Chega, qui était centré sur l’interdiction des voiles associés à la tenue islamique. Ce n’est qu’au fil des négociations avec le PSD que la formulation a été élargie, mettant davantage en avant des arguments de sécurité publique. Une stratégie qui rappelle les propositions du Rassemblement national en France, où la défense de l’ordre public sert régulièrement de paravent à une rhétorique d’exclusion à caractère islamophobe.

Ce lissage sémantique n’efface pas l’intention originelle, au point que le texte reste communément appelé dans les médias la « loi burqa ». Un glissement de sens que regrette le Sheikh David Munir, conseiller religieux de la Communauté islamique de Lisbonne. Tout en assurant sur RTP Notícias que les fidèles appréhendent la loi avec calme, il déplore que certains partis aient cherché à instrumentaliser et stigmatiser la communauté musulmane.

© Manuel Fernando Araújo / LUSA

A lire aussi : Suède : Après la bataille législative, un bloc de centre-gauche gagnant mais pas triomphant

Auteur/autrice

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Voir Ailleurs

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture