Tchéquie : Premier revers pour la droite radicale aux élections sénatoriales
Ces 16 et 17 octobre 2026, les électeurs tchèques étaient appelés à voter pour les élections sénatoriales partielles, ayant pour but de renouveler un tiers du Sénat, soit 27 sièges sur 81. Ce scrutin, qui se tient tous les deux ans, constituait un premier test électoral d’envergure pour le Premier ministre Andrej Babiš (ANO) depuis son retour au pouvoir en octobre 2025 et a tourné en un véritable revers. Le mouvement centriste STAN (Maires et Indépendants) s’est lui affirmé comme le véritable gagnant de ces élections. Dans un contexte européen marqué par la progression de plusieurs forces nationalistes et populistes d’extrême droite, ce résultat témoigne d’une singularité du système et du paysage politique tchèque.
Ces élections sénatoriales partielles infligent donc au gouvernement d’Andrej Babiš son premier échec depuis son retour au pouvoir. Sur les 27 sièges renouvelés, 22 ont été remportés par des candidats issus de l’opposition. Le mouvement ANO (droite radicale) dirigé par le Premier ministre n’a conservé aucun des sièges qu’il défendait. Son groupe au Sénat se compose donc désormais de 14 membres, malgré les ambitions affichées par le parti à l’approche du scrutin.

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Le principal vainqueur de cette élection est STAN, acronyme de Starostové a nezávislí, littéralement « Maires et Indépendants ». Cette formation centriste, favorable à l’intégration européenne, a fait élire 10 de ses 14 candidats. Elle devance ainsi l’ODS, le Parti démocratique civique, qui représente une droite libérale-conservatrice et a obtenu sept sièges, contre cinq qu’il défendait. Les chrétiens-démocrates du KDU-ČSL ont conservé leurs trois sièges, tandis que TOP 09, formation libérale et pro-européenne de centre droit, en a obtenu deux. Ces résultats ont confirmé la capacité des partis d’opposition à conserver leur ancrage dans la chambre haute et s’apparentent donc plus à un avertissement politique qu’à une menace immédiate pour le gouvernement.

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Depuis son retour au pouvoir en octobre 2025, Andrej Babiš n’avait pas encore affronté de scrutin de cette ampleur. Son mouvement ANO, dont le nom signifie « oui » en tchèque, avait remporté les élections législatives de 2025, mais n’a pas réussi à transformer cette victoire en implantation dans la chambre haute.
L’exception tchèque face à la montée de l’extrême droite en Europe
Cette défaite électorale intervient dans un contexte où, dans plusieurs pays européens, les forces nationalistes et la droite radicale ont enregistré des succès électoraux importants ces dernières années. C’est notamment le cas du Rassemblement national en France, de l’AfD en Allemagne ou encore de Fratelli d’Italia en Italie. Dans ce contexte, le revers d’ANO aux sénatoriales tchèques constitue un contre-exemple intéressant. Alors que le mouvement d’Andrej Babiš avait remporté les législatives de 2025, il n’a pas réussi à conserver ses positions au Sénat. Ce résultat pose donc une question : pourquoi la dynamique favorable à la droite radicale observée dans plusieurs pays européens ne se retransmet-elle pas de la même manière en République tchèque ?
Une partie de l’explication tient aux particularités du paysage politique tchèque. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le recul d’ANO ne signifie pas que les électeurs se détournent de la droite dans son ensemble. Le centre et la droite traditionnelle restent bien implantés et proposent une alternative à la formation gouvernementale. L’ODS défend ainsi une ligne libérale-conservatrice, tandis que STAN occupe un espace plus centriste et pro-européen. ANO, de son côté, a progressivement adopté des positions plus conservatrices et nationalistes, tout en conservant un discours social et anti-élites. Ces différences permettent de comprendre pourquoi une partie des électeurs peut soutenir un parti de droite sans pour autant voter pour sa composante la plus radicale. Ici le système tchèque remet complètement en cause l’échiquier politique comme nous le connaissons.

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Cette situation s’explique aussi par l’affaiblissement de la gauche traditionnelle tchèque. Les sociaux-démocrates et les communistes ont longtemps occupé une place importante dans la vie politique, mais ont progressivement perdu leur influence. L’histoire du pays a largement contribué à cette évolution. Entre 1948 et 1989, la Tchécoslovaquie a vécu sous un régime communiste étroitement lié à l’Union soviétique. Après la révolution de Velours de 1989, la rupture avec cet héritage et les transformations économiques ont compliqué la reconstruction d’une gauche capable de s’imposer durablement. Mais cette histoire ne suffit pas à expliquer son recul. Les divisions politiques et l’émergence de mouvements comme ANO, capables de combiner promesses sociales, rejet des élites et conservatisme, ont également contribué à transformer le paysage politique.
C’est ce qui rend le cas tchèque particulier dans le contexte européen. La faiblesse de la gauche n’a pas conduit à la domination incontestée de la droite radicale : le centre et la droite traditionnelle restent capables de lui faire concurrence, ce qui n’est plus le cas dans la majorité des autres pays européens. Les sénatoriales d’octobre 2026 en apportent une illustration claire, en infligeant à ANO une grosse défaite malgré sa victoire aux législatives un an plus tôt.
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