Mexique : Julián Quiñones nommé au Ballon d’Or, une fierté pour les Mexicains et le retour d’un débat éternel
Nous y sommes, dans deux jours le trophée individuel le plus prestigieux du football mondial sera décerné. Les 100 journalistes qui ont voté pour ce Ballon d’Or ont eu la lourde tâche de choisir un vainqueur parmi les 30 nominés. Au milieu de ces heureux élus, un nom a attiré l’attention du côté du pays des Aztèques : Julián Quiñones. Il est le premier Mexicain à être nominé depuis Guillermo Ochoa en 2007, de quoi en faire la fierté de tout un pays. Malgré tout, la performance d’un joueur bi-national relance un débat éternel sur les choix de nationalité sportive. Discussions avec Pauline Guillou, journaliste sportive française diplômée d’études latino-américaines, et Manuel, Mexicain fanatique de football.
Si tout l’espace médiatique bataille pour savoir qui de Harry Kane, Khvicha Kvaratskhelia, Ousmane Dembélé, Lamine Yamal, Kylian Mbappé ou encore Fabián Ruiz soulèvera le Ballon d’Or, la préoccupation est tout autre du côté du Mexique. Peu importe qui sera lauréat, le pays tient déjà sa victoire avec la présence de l’international Julián Quiñones. Pour Manuel, « c’est une fierté énorme de voir un représentant du Mexique dans cette liste, au milieu de tous les meilleurs joueurs du monde. »

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Une récompense à la résonance alambiquée
Comme beaucoup de choses dans le football, cette présence parmi les 30 meilleurs joueurs de la saison 2025-2026 n’a pas la même résonance pour les analystes que pour les fans. Pour Manuel, « Quiñones prend une dimension supérieure, c’est une nouvelle étape dans sa carrière d’être parmi les meilleurs footballeurs du globe ». Au-delà du niveau personnel, « c’est une fierté pour tout le pays, on a enfin un représentant dans cette liste, on est un pays avec une grande passion pour le football et c’est une vraie reconnaissance de le voir ici. » Cette récompense est donc grandement appréciée au Mexique, où l’on pense que cette nomination peut également permettre de mettre en lumière le championnat. Pour Pauline Guillou, il faut cependant apporter certaines nuances. « Le Ballon d’Or est très européocentré, et je pense qu’il le sera toujours tant qu’on sera dans ce système économique où l’argent prime. »
Interrogée sur la possibilité d’une mise en lumière de la Liga MX grâce à cette nomination, la journaliste garde également certaines réserves : « Je pense qu’il est surtout récompensé pour sa Coupe du monde, ses quatre buts et le parcours intéressant du Mexique, mais que les gens ne s’attarderont pas forcément sur sa formation et sa carrière en Liga MX ». Pour elle, il y a également un clin d’œil à l’organisation d’une partie du Mondial par le Mexique, « tout le monde a apprécié les matchs au Mexique, la ferveur du stade Azteca, les votants ont peut-être voulu offrir une sorte de récompense au Mexique avec cette nomination. » Si le Mexique est fier et heureux de la nomination de son joueur, les conséquences sur une potentielle mise en avant de son championnat restent limitées. Le Ballon d’Or est décerné par France Football, un magazine français, et dont les votants s’intéressent bien plus au football européen qu’au reste du monde.
Le Ballon d’Or est une récompense importante, suivie par tous les fans de football, mais en voir les limites est important. Selon les critères, on récompense le meilleur joueur du monde, dans les faits, c’est souvent le meilleur joueur des cinq grands championnats qui est lauréat, excluant toute une partie du globe. Aussi, né en Colombie puis naturalisé mexicain, la présence de Quiñones parmi les 30 nominés relance un débat concernant la double nationalité dans le football.
« Il y a eu des débats de nature très raciste »
C’est un éternel débat : les joueurs doivent-ils représenter leur pays de naissance, celui de leur origine ou celui avec lequel ils ont noué des liens au cours de leur vie ? Au cours des différents débats, une chose revenait selon Pauline : « On a vu beaucoup de débats, mais on revenait parfois au fait qu’il était pratiquement le seul joueur noir de la sélection. Il y a eu des débats de nature très raciste, il a été chahuté, insulté pour sa couleur de peau. » Ces questions reviennent souvent lorsque des joueurs binationaux sont performants. Cette interrogation, qui est pourtant de l’ordre de la vie privée du joueur, prend une place bien trop importante dans le débat public. Cette forme de racisme n’est pas propre à l’Amérique latine pour Pauline : « Quand Ayyoub Bouaddi a performé avec le Maroc, on a entendu des Marocains dire « Merci Didier Deschamps de nous l’avoir laissé ». Tout ça découle de logiques néo-coloniales, alors que le choix de nationalité sportive devrait être un choix purement personnel, sans aucune place dans le débat public. »
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